Commerces de proximité, l’élan nécessaire

Depuis une dizaine d’années notamment, la commune de Carignan-de-Bordeaux voit régulièrement accroître sa population, passant de 3095 personnes en 1999 à environ 3800 actuellement. Cette augmentation de près de 23% est essentiellement due à l’arrivée de nouveaux habitants. Une enquête INSEE de 2007 montre que la quasi-totalité des habitants installés au cours des dernières années proviennent de la Communauté Urbaine de Bordeaux.

Différentes études attestent que la côte atlantique fait partie des zones les plus attractives en France pour les vingt prochaines années. Il donc faut s’attendre à ce que  ce mouvement en augmentation continue aussi sa progression dans notre commune.

Dans le même temps, on remarque que l’offre en commerces de proximité n’a pas évolué en regard de l’importance démographique du bourg. Je vise particulièrement les commerces s’exposant en façade et les services à la personne qui ont une réelle influence sur la qualité de vie et la cohésion sociale.

A Carignan, depuis une vingtaine d’années, la fréquentation des commerces a évolué en fonction du contexte sociodémographique à travers le travail des femmes, l’augmentation des déplacements en voiture, l’arrivée des rurbains… Les habitudes de consommation se sont lentement déplacées au profit des hypermarchés de la CUB.

Cependant, la situation change, et de tout nouveaux modes de consommation apparaissent. En effet, on observe par exemple une prise de conscience générale de l’impact sur l’environnement des déplacements motorisés excessifs. Parallèlement, le prix des carburants en permanente augmentation fait peu à peu perdre l’avantage comparatif des hypermarchés éloignés.

Ces premières constatations plaident fortement pour le développement des commerces sur notre commune.
De plus, il semblerait qu’une majorité de Carignanais  pensent qu’un café, une piscine, un fleuriste, des services bancaires (DAB), des restaurants, un magasin de vêtements et de chaussures, seraient les bienvenus.
Pour les commerçants aussi, le manque d’émulation sur une zone commerciale est toujours pénalisant. Il s’agit à cet égard de bien cibler les manques, en concertation, de façon à créer la bonne dynamique. De nombreuses études sociologiques montrent que lorsque l’offre n’est pas suffisante, les consommateurs sont moins attirés.

Par ailleurs, il faut savoir que le commerce est directement et indirectement un secteur d’emploi sur une commune,  car c’est un des paramètres qui déterminent le choix d’implantation de nouvelles entreprises et services. Lorsque ce secteur d’activité économique de proximité  est vivant, cela participe d’un « cercle vertueux ».  En revanche, sa faiblesse engendre une perte d’identité et peut dissoudre la vie sociale de la commune qui devient alors une « cité dortoir » parmi d’autres.

Il reste donc à savoir comment réorganiser  le bourg en offre de commerces et services alors que nous sommes aujourd’hui largement en deçà de ce que l’on est en droit d’attendre pour une commune périurbaine de ce niveau.

Quelques axes, je le pense, pourraient fortement favoriser un nouvel essor.

  • Remédier au manque d’animation du bourg qui engendre un déficit d’attractivité pour les commerces, et typiquement recentrer les évènements autour de la zone à dynamiser,
  • Un souci constant de l’accueil est bien évidemment souhaitable et l’attractivité paysagère importante,
  • La signalisation privée et publique doit être moderne, adaptée, car les petits commerces sont un élément central de l’image du village,
  • Une association de commerçants globale et active pourrait organiser l’offre et les projets collectifs.

La municipalité quant à elle, a à mon sens un rôle de première importance à jouer dans ce dossier.

L’aménagement urbain peut être légèrement revu de façon à améliorer et favoriser l’implantation et l’attractivité de nos commerces.  La maitrise foncière est un outil incontournable permettant d’orienter notre politique publique en la matière.
La commune peut aussi user d’un pouvoir de persuasion auprès des différents protagonistes lors de transactions ou autres contrats. Des aides financières à l’installation peuvent facilement être mises en place. La commune peut également intervenir au niveau de la Communauté de communes pour fixer des CFE (ancienne taxe professionnelle) réduites pour les nouveaux arrivants. Il existe en outre plusieurs fonds d’état qui ont pour but d’aider et même financer les actions et travaux décidés par les communes en vue de conserver et fortifier le tissu des entreprises commerciales, artisanales et de services.

D’autre part le dialogue entre les élus et les commerçants de Carignan est à privilégier. Le lien social et le rôle essentiel de l’écoute permettent une meilleure approche de la situation et une mise en perspective indispensable à la compréhension des problématiques de chacun.
Je privilégierai toujours pour ma part ce type de contact.

Comme on peut le constater, les domaines d’intervention de la Mairie ne manquent pas lorsque les priorités sont fixées et je crois que le commerce de proximité à Carignan doit en effet être considéré comme un service public à part entière.

Pour finir, la vie sociale et le dynamisme local de Carignan dépendent des comportements des commerçants, des élus et des consommateurs. L’effort sera donc à répartir entre tous et une vision d’avenir est nécessaire pour cela. Je souligne qu’à mon sens, une municipalité responsable et compétente doit être à même, toujours en concertation, d’insuffler ce mouvement par une volonté première.

Delphine Philippeau